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De 1911 à 1940

Le 1er juin 1911 André KLING (1872-1947), chef de travaux d’analyses à l’École de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris de 1899 à 1911, succède à Charles Girard à la direction du Laboratoire Municipal.

Des «bandits en auto» à la brigade des gaz

De décembre 1911à mai 1912, de très jeunes gens se réclamant de l’anarchisme terrorisent la France, multipliant vols, hold-up, cambriolages et assassinats et n’hésitant pas à faire usage de leurs armes : c’est la «bande à Bonnot».

Le Préfet Louis Lépine institue fin mai 1912 une Commission Spéciale, qu’il préside, chargée de «proposer tout moyen propre à réduire les bandits ou les fous dangereux». Le directeur du Laboratoire, André Kling, assisté de Daniel Florentin, chef des travaux analytiques, également ancien de l’École de Physique et de Chimie Industrielles de la ville de Paris, y joue un rôle pivot. Il propose de doter les forces d’une brigade spéciale de la Police Judiciaire d’une arme chimique contenant un gaz lacrymogène dénué de propriétés «asphyxiantes ou délétères» ce sera la «brigade des gaz»(1) .

Sur le front de la Grande Guerre

Le laboratoire participe de près à la guerre de façon imprévue. Il compte alors soixante sept personnes dont une trentaine de chimistes. Il est organisé en cinq sections chargées de contrôles, de recherches et d’analyses. Il dispose de deux services : l’un traite des essais physiologiques, l’autre des explosifs.

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France qui contient la poussée allemande et oppose une résistance farouche entre la Seine et la Marne. Les deux armées forment un front continu de la mer du Nord à la Suisse, les tranchées apparaissent et les armées s’enterrent. Le 22 avril 1915 l’état-major allemand fait déverser sur nos tranchées une vague de gaz tuant près de cinq mille soldats. Le Laboratoire qui a, en quelques mois, désamorcé et enlevé plus d’une centaine de bombes tombées à Paris, est mis à contribution en raison de sa connaissance des lacrymogènes – utilisés dès le début de la guerre - et des gaz toxiques. Aussi est-ce Kling qui fut appelé sur le front pour reconnaître, le premier, que les Allemands avaient utilisé du chlore(2) . Il organise alors sur le front même un service d’enquête avec le concours des officiers chimistes de l’armée et met au point des appareils de prélèvement spéciaux et des techniques de dosage de «gaz de combats», tels l’ypérite ou gaz moutarde, le bromure de benzyle ou la chloropicrine.

L’implication du Laboratoire municipal dans l’effort de défense fut considérable : d’octobre 1916 à novembre 1918 il produisit 214 des 563 rapports d’examens sur les armements allemands effectués par les divers établissements relevant de l’inspection des études et expériences techniques de l’artillerie, soit 38 % de l’ensemble à lui seul(3) , suivi de près par le laboratoire de la section technique de l’artillerie (195 soit 34,6 %). «Ces travaux représentaient près d’un tiers de l’activité totale de ces deux laboratoires.»(4) . Le Laboratoire municipal produisit une moyenne trimestrielle de l’ordre de 25 rapports, avec une diminution sensible pour le seul 2e trimestre 1917(5) . Son principal domaine de compétence - tout ce qui concernait les gaz, leurs divers types d’emploi et les appareils de protection – a représenté moins du tiers de son activité liée à la guerre chimique(6) .

Mademoiselle Krupp, le «Tigre» et le «Fou»

Il étudia aussi toutes sortes de projectiles ou appareils pyrotechniques et participa à l’étude des poudres et explosifs. Mais le deuxième domaine d’étude du Laboratoire municipal fut l’aviation, autre secteur d’innovation. Outre l’examen des bombes explosives ou incendiaires et de leurs fumigènes il signalait particulièrement les armements nouveaux ou comportant un dispositif, une fonction ou une composition originale(7) .

À l’aube du 23 mars 1918, toutes les vingt minutes, un obus de 210 millimètres pesant 100 kilos tombe sur la capitale. Un gros fragment métallique, porté par un gardien de la paix au Laboratoire, permet d’identifier, à la stupeur générale, un projectile de canon, alors que les lignes allemandes sont à 100 kilomètres de Paris. À cette surprenante nouvelle, Georges Clemenceau parle par plaisanterie de diriger André Kling, directeur du Laboratoire, vers un asile d’aliénés ! Cependant les canons à longue portée sont rapidement repérés et baptisés «Berthas» du nom de la fille de l’industriel d’Essen.

Où il est question (déjà) d’essor industriel, de développement de l’automobile …et de pollution de l’air

Après les «années folles», les industries prospèrent, en particulier chimie, électricité et automobile qui vont s’installer à la périphérie de la capitale. Paris cherche à résoudre à la fois ses problèmes de circulation, accrus depuis l’apparition des véhicules à moteurs, et ses problèmes d’urbanisme.

Le laboratoire concentre à présent ses mesures sur des installations de combustion et des installations industrielles localisées dans les communes périphériques et sur la mesure des oxydes de carbone générés par la circulation automobile.

Le laboratoire annexe et l’accident de 1938

Pour la neutralisation des engins ou munitions le Laboratoire utilisait avant guerre un terrain situé sur les anciennes fortifications entourant Paris. Le Conseil de Paris, par délibération du 14 avril 1916, autorisa le préfet de la Seine à acquérir un terrain de 2 ha environ sur le plateau de Villejuif, au lieu-dit «les Monts-Cuchets» sur le chemin de Chevilly à Bicêtre, en vue de la construction d’un laboratoire annexe au laboratoire municipal. Ce terrain, agrandi par acquisition de deux bandes de terrain pour environ 6000 m2 (délibération du Conseil général de la Seine du 11 juillet 1923), permet alors au Laboratoire municipal de procéder dans des conditions correctes à ses opérations d'examen, de stockage ou de destruction d'engins explosifs ou de produits chimiques dangereux. Le 26 janvier 1938 l’explosion accidentelle d'un stock d'environ 5500 grenades – tout juste chargées dans des camions qui devaient les emporter sur un site de destruction militaire - et de 150 kg d'explosif tue quatorze personnes, parmi lesquels M. Schmutz, chef du service des explosifs, et deux chimistes stagiaires du Laboratoire. Seul un terrain d'environ 8 hectares à Montmorency fut trouvé pour y être substitué. Il ne présentait cependant pas toutes les qualités recherchées. Faute de mieux le terrain fut acquis en 1939 par le département de la Seine permettant la poursuite des activités dans des installations de fortune, toutes provisoires, dès 1940.

La Laboratoire dispose enfin d’un bâtiment propre

Dès sa nomination au poste de directeur A. Kling constate les conditions déplorables et particulièrement dangereuses dans lesquelles les agents du Laboratoire travaillent dans les anciennes casernes de la Cité, également les difficultés de recruter du personnel qualifié. Il lui faudra presque un quart de siècle pour obtenir la construction de locaux appropriés ! Enfin, en mars 1938, le Laboratoire municipal quitte enfin la Cité pour s’installer dans un bâtiment neuf, conçu pour ses activités de laboratoire, à son adresse actuelle rue de Dantzig dans le XVe arrondissement de Paris, où il demeure encore …trois quarts de siècle plus tard.

1) Serge Kastell, La brigade des gaz : Bande à Lépine contre bande à Bonnot, in Art de la Guerre (pages 20 à 25)

2) Patrice Bret, Les laboratoires français et l’étude des munitions et matériels allemands pendant la grande guerre, in cahiers du CEHD n° 33, page 17

3) Ibid., page 22

4) Ibid.

5) Ibid., page 23

6) Ibid.

7) Ibid., page 24

©LABORATOIRE CENTRAL DE LA PRÉFECTURE DE POLICE - 2012/2013